Pourquoi les prêtres orthodoxes peuvent-ils se marier, mais pas les évêques ?
En bref : C'est une distinction ancienne, pas récente, et nullement un signe que le mariage serait de second rang. Un homme marié peut devenir prêtre, mais il ne peut pas se marier après avoir été ordonné. Les évêques, en revanche, sont choisis depuis des siècles uniquement parmi les moines non mariés. La raison n'est pas que le corps ou la famille seraient impurs, mais une raison à la fois pratique et spirituelle : un évêque est pasteur d'un diocèse entier, comme un père pour des milliers d'âmes, et la tradition a jugé que la vie monastique le libère pour un service aussi large.
La nuance orthodoxe
L'Église ancienne a eu dès le début des prêtres et des évêques mariés ; saint Paul demande à Timothée qu'un évêque soit « mari d'une seule femme » (1 Timothée 3, 2), ce qui montre clairement qu'il ne parlait pas de célibat obligatoire, mais de la stabilité de son mariage, marié une seule fois, non remarié. La discipline actuelle, avec des prêtres mariés et des évêques uniquement issus des moines, s'est surtout précisée par les canons du Concile in Trullo, de 691-692, qui ont mis par écrit une pratique déjà répandue.
L'ordre compte : un homme doit se marier avant d'être ordonné diacre ou prêtre, il ne peut pas se marier après, et s'il devient veuf, il ne se remarie pas tout en restant actif comme prêtre, sauf situations exceptionnelles laissées à l'économie de l'évêque. Pour l'épiscopat, la tradition est allée plus loin et a exigé la vie monastique, c'est-à-dire non marié dès le départ ou entré dans le monachisme après un veuvage.
Pourquoi précisément ainsi ? Une raison est très concrète : un évêque n'a pas la charge d'une seule famille, mais d'une communauté entière, parfois très étendue, et la vie monastique, avec son renoncement à une famille propre, le laisse entièrement disponible pour cela. Une autre est plus profonde : l'évêque est image du Christ Époux, uni non à une seule maison, mais à toute l'Église qu'il conduit, et la vie monastique, par sa manière de déjà vivre comme « les anges, qui ne se marient pas » (Matthieu 22, 30), est un avant-goût de la vie éternelle. Rien de tout cela ne diminue l'honneur du mariage, qui reste un Saint Sacrement à part entière, cela montre seulement que ce sont deux vocations différentes, égales en valeur, distinctes dans leur rôle. Même en Occident, les Églises orientales unies à Rome ordonnent elles aussi des prêtres mariés, signe que la règle générale du célibat sacerdotal est plutôt une discipline latine qu'une nécessité de foi.
Sources
- 1 Timothée 3, 2 (l'évêque, mari d'une seule femme)
- Concile in Trullo, 691-692, canons 12 et 48
- Matthieu 22, 30 (à la résurrection, on ne se marie ni ne se donne en mariage)