La vie liturgique

Pourquoi embrasse-t-on les icônes ? N'est-ce pas de l'idolâtrie ?

En bref : Nous ne nous prosternons pas devant le bois ni devant la peinture. Tu embrasses une icône comme tu embrasses la photo de ta mère : l'amour ne s'arrête pas au papier, il va vers la personne qui est derrière. Saint Basile le Grand disait clairement que l'honneur rendu à l'image passe à celui qui y est représenté. L'icône n'est donc pas Dieu, elle est une fenêtre vers Lui.

La nuance orthodoxe

La question est ancienne et honnête, car dans l'Ancien Testament Dieu interdit bel et bien les images taillées. Sauf que ce même Dieu ordonne, quelques chapitres plus loin, de faire deux chérubins d'or au-dessus de l'Arche, et le Temple de Salomon était plein de figures sculptées. L'interdiction ne visait donc pas toute image, mais les idoles, ces faux dieux que les hommes adoraient comme un dieu.

Ce qui a vraiment changé, c'est l'Incarnation. Avant, on ne pouvait pas peindre Dieu, car personne ne L'avait vu, Il était invisible. Mais le Verbe s'est fait chair (Jean 1, 14), Dieu s'est rendu visible, Il a eu un visage, des mains, un regard. Saint Jean Damascène disait, en bref, qu'il ne peint pas la divinité invisible, mais Dieu qui s'est rendu visible dans la chair. Et si tu refuses l'icône du Christ, tu en viens, sans le vouloir, à nier qu'Il s'est vraiment fait homme.

Et tu remarqueras une chose : les gens n'embrassent pas l'icône sur le visage. On embrasse la main, le pied, le bord du vêtement, par respect, comme on ne se précipiterait pas pour embrasser sur la joue quelqu'un que l'on honore beaucoup. C'est un geste de respect, non de familiarité.

Et il y a encore une distinction que la langue cache parfois. Il y a une adoration qui ne revient qu'à Dieu seul, et il y a une vénération, un respect, que l'on donne aux saints, à sa mère, à un ami cher. Quand j'embrasse l'icône de la Mère de Dieu, je ne fais pas d'elle un dieu, je l'honore comme l'être le plus proche du Christ. L'idolâtrie ne commence que lorsque tu t'arrêtes à l'objet et que tu en fais toi-même un dieu. L'icône fait exactement l'inverse : elle ne te retient pas à elle, elle t'envoie au-delà d'elle.

Sources

  • Jean 1, 14 et Exode 25, 18-22 (les chérubins sur l'Arche)
  • Saint Jean Damascène, Les trois traités contre ceux qui rejettent les saintes icônes
  • Saint Basile le Grand, Sur le Saint-Esprit (l'honneur passe à celui qui est représenté)
  • Le VIIe concile œcuménique, Nicée, 787
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