La vie liturgique

Pourquoi n'y a-t-il pas de statues dans les églises orthodoxes, seulement des icônes ?

En bref : Ce n'est pas une question de goût, c'est de la théologie rendue visible. Une statue occupe l'espace par son volume, elle a une ombre, un poids, elle imite de trop près le corps déchu, charnel — exactement la forme que prenaient les idoles du monde ancien. L'icône est plate, stylisée, baignée d'un or qui n'est pas le ciel du dehors, mais l'autre lumière, incréée. Elle ne montre pas un corps quelconque, elle montre le corps glorifié, tel que sera le corps ressuscité. La différence entre l'icône et la statue n'est pas une question de talent artistique, c'est une confession sur ce qui est arrivé à la matière dans le Christ.

La nuance orthodoxe

Souviens-toi pourquoi l'Ancien Testament interdisait les images taillées : les idoles avaient précisément cette forme, des statues de bronze ou de bois, dressées dans les temples, nourries, habillées, que les hommes adoraient comme des dieux. Quand l'Église a défendu les icônes au VIIe Concile œcuménique, elle a défendu une forme précise de représentation, peinte, plate, symbolique, justement pour ne pas glisser en arrière vers cette ancienne forme d'idolâtrie.

Et il ne s'agit pas seulement d'éviter une confusion. L'icône a son propre langage, très réfléchi. Observe comment les lignes d'une bonne icône convergent souvent vers toi, elles ne se perdent pas au loin comme dans un tableau ordinaire — c'est ce qu'on appelle la perspective inversée, et cela dit quelque chose de simple : le saint de l'icône n'est pas seulement regardé par toi, il te regarde, depuis l'éternité. Le fond est presque toujours doré, non parce que le ciel serait jaune, mais parce que l'or figure la lumière incréée, la grâce qui baigne tout ce qui a été sanctifié. Les visages sont amincis, allongés, presque sans ombres marquées, parce que celui qui est glorifié n'a plus besoin d'une lumière extérieure qui tombe sur sa joue — il porte la lumière en lui.

Une statue réaliste, aux ombres profondes, au volume plein, à la chair modelée comme chez un homme vivant, ramène instinctivement le regard vers le corps déchu, vers ce monde tel qu'il est maintenant. C'est pour cela que l'art occidental, surtout depuis la Renaissance, s'est orienté vers un réalisme presque sensuel des saints, souvent très beau, mais théologiquement autre chose — une insistance sur l'émotion et le corps d'ici, non sur la transfiguration de l'au-delà. L'Orthodoxie a gardé presque partout la forme peinte, justement comme une garde, non par manque d'artisans sachant sculpter.

Sources

  • Exode 20, 4 (l'interdiction des images taillées, lue à la lumière de l'idolâtrie à laquelle elle s'adressait)
  • VIIe Concile œcuménique, Nicée, 787
  • La tradition iconographique byzantine, la perspective inversée et le symbolisme de la lumière dorée
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