Pourquoi Dieu permet-il la souffrance ?
En bref : Dieu ne veut pas le mal et n'envoie pas la souffrance comme un châtiment décrété par un juge lointain. La souffrance est entrée dans le monde avec la rupture du lien entre l'homme et Dieu — mais Dieu ne reste pas en dehors d'elle : dans le Christ, il descend lui-même au cœur de la souffrance et la traverse, jusqu'à la mort sur la Croix.
La nuance orthodoxe
Dans la tradition orthodoxe, Dieu n'est pas l'auteur du mal. Il a fait le monde bon et il a fait l'homme libre — et une liberté véritable peut aussi être refusée. Le mal et la souffrance ne viennent pas d'une décision de Dieu, mais de la blessure du lien entre la création et le Créateur. C'est pourquoi l'Église ne lit pas chaque douleur comme une punition personnelle, envoyée « d'en haut » pour être déchiffrée.
La réponse orthodoxe n'est pas d'abord une théorie qui explique la souffrance, mais une Personne qui y entre. Dieu ne regarde pas notre douleur de loin : dans le Christ, il a faim lui-même, il pleure devant le tombeau de son ami et il meurt sur la Croix. La Croix n'explique pas la souffrance — elle la traverse et la transfigure de l'intérieur. Le signe n'est plus l'absence de Dieu, mais sa présence là précisément où on l'attendait le moins.
Cela ne veut pas dire qu'on appelle le mal « bien ». La souffrance reste la souffrance, et les larmes sont permises — le Christ lui-même a pleuré. Mais, dans les mains de Dieu, même ce qui nous fait mal peut devenir un lieu de rencontre avec lui, de croissance et de rapprochement. Non parce que la douleur serait bonne en soi, mais parce que rien n'est en dehors de son amour, qui peut faire jaillir la vie même de la mort.
Et quelque chose de très concret : l'Orthodoxie ne te laisse pas seul dans la souffrance. L'Église prie pour ceux qui sont dans l'épreuve, visite les malades et possède des sacrements — la Confession, la Communion, l'Onction des malades — qui ne sont pas des « procédures », mais des rencontres réelles avec le Christ qui guérit.
Sources
- Jean 16, 33 — « Dans le monde, vous aurez à souffrir. Mais prenez courage : moi, j'ai vaincu le monde. »
- Romains 8, 18 — « J'estime que les souffrances du temps présent ne sont pas dignes d'être comparées à la gloire qui doit se révéler en nous. »
- Saint Jean Chrysostome — dans ses homélies (notamment les Homélies au peuple d'Antioche et celles sur l'Épître aux Romains), il enseigne que Dieu peut tirer un bien même des maux qu'il permet, sans en être la cause.