Pourquoi Dieu a-t-Il permis que le mal et le diable existent ?
En bref : Dieu n'a pas créé le mal, Il a créé uniquement des êtres bons, dotés d'une volonté libre, dont les anges. Le mal est entré par le choix d'un être créé, un ange qui est ensuite devenu diable, voulant être comme Dieu, mais sans Dieu. Le mal n'a donc pas d'être propre, c'est plutôt une blessure, un manque, une bonne volonté retournée contre le but pour lequel elle avait été faite.
La nuance orthodoxe
Il faut le dire honnêtement dès le début : l'Écriture ne donne pas un récit détaillé de la chute des anges, comme elle le fait pour la chute d'Adam, mais plutôt des allusions, lues ensemble par la Tradition. Ésaïe parle de la chute d'une « étoile brillante » du ciel (Ésaïe 14, 12-15), dans un texte adressé d'abord au roi de Babylone, et Ézéchiel a une parole semblable sur le roi de Tyr (Ézéchiel 28, 12-17) ; les Pères ont lu ces passages aussi comme des fenêtres sur la chute d'un ange orgueilleux. Le Christ Lui-même dit « je voyais Satan tomber du ciel comme un éclair » (Luc 10, 18), et l'Apocalypse parle d'une guerre dans le ciel, où Michel et ses anges triomphent du dragon (Apocalypse 12, 7-9). L'épître de Jude et la seconde de Pierre mentionnent des anges qui n'ont pas gardé leur rang et ont été précipités en bas.
De tout ce tissu de textes, la Tradition a gardé un enseignement clair en son cœur, même s'il ne l'est pas dans les détails : les anges ont été créés bons, avec une liberté réelle, comme l'homme, et l'un d'eux, le plus brillant, a choisi l'orgueil, il a voulu la gloire de Dieu sans la soumission à Dieu, et dans ce choix est apparu ce que nous appelons le mal.
C'est ici un point très important, surtout clarifié par saint Maxime le Confesseur : le mal n'a pas d'être propre, ce n'est pas un second principe qui se tiendrait face au bien, comme dans un dualisme. C'est plutôt comme la cécité, qui n'est pas une chose en soi, mais l'absence de la vue, ou comme la rouille, qui n'existe pas séparément du fer, mais est le fer lui-même abîmé. Il en va de même du mal, une bonne volonté, coupée de sa source, retournée sur elle-même. C'est pourquoi la question « pourquoi Dieu a-t-Il créé le mal » part d'une présupposition erronée : Il n'a créé que des natures bonnes, et le mal est apparu dans la manière dont une nature libre, d'abord angélique, puis humaine, a mal usé de la liberté reçue en don.
Reste la question de savoir pourquoi Dieu a permis que cette liberté existe, avec tout son risque. La réponse, déjà touchée à propos du libre arbitre, est qu'une liberté qui ne pourrait jamais dire non à Dieu ne serait pas une vraie liberté, mais un mécanisme, et un amour forcé ne serait plus de l'amour. Dans l'Orthodoxie, le diable est considéré comme réel, non comme un symbole du mal général du monde, mais aussi comme déjà vaincu de manière décisive par la mort et la Résurrection du Christ, même s'il continue d'agir jusqu'à la fin des temps. C'est pourquoi le Baptême comporte des prières de renoncement à Satan, et la littérature ascétique parle beaucoup du « combat invisible », mais toujours le regard fixé sur le Christ vainqueur, non sur une peur sans fin, « Celui qui est en vous est plus grand que celui qui est dans le monde » (1 Jean 4, 4).
Sources
- Ésaïe 14, 12-15 et Ézéchiel 28, 12-17 (lus traditionnellement comme des allusions à la chute d'un ange orgueilleux)
- Luc 10, 18 et Apocalypse 12, 7-9
- Jude 1, 6 et 2 Pierre 2, 4
- Saint Maxime le Confesseur, sur le mal comme absence d'être, non comme substance propre
- 1 Jean 4, 4