Les grandes questions

Qu'est-ce que la « distinction essence-énergies » de saint Grégoire Palamas, et pourquoi est-ce important ?

⚠️ Cette fiche de théologie mystique n'a pas encore été relue par un prêtre — à lire avec prudence.

En bref : C'est l'un des enseignements orthodoxes les plus importants et les moins connus. Au XIVe siècle, saint Grégoire Palamas a montré qu'il faut distinguer entre l'essence de Dieu, à laquelle nul n'a accès, et Ses œuvres, Ses énergies incréées, par lesquelles Il Se fait vraiment connaître et Se donne à nous. Ce n'est pas une subtilité philosophique sans enjeu, cela défend la possibilité même de s'unir réellement à Dieu, sans faire de Lui une idée et sans se croire soi-même Dieu.

La nuance orthodoxe

L'histoire a un contexte précis. Au Mont Athos, au XIVe siècle, les moines hésychastes, qui priaient longuement la prière de Jésus, témoignaient qu'ils voyaient parfois une lumière, la même lumière que les Apôtres avaient vue sur le Thabor à la Transfiguration du Christ. Un moine venu de Calabre, Barlaam, rejeta cela comme une illusion, disant que si cette lumière était vraiment Dieu, cela signifierait que l'essence de Dieu peut être vue, ce qu'il jugeait inacceptable ; la lumière devait donc n'être que quelque chose de créé, un symbole, rien de plus.

Saint Grégoire Palamas répondit avec l'outil théologique qui manquait. L'essence de Dieu, dit-il, demeure à jamais inaccessible et incompréhensible, elle garde ici toute la transcendance dont nous parlions à propos de la théologie apophatique. Mais les énergies de Dieu, Sa gloire, Sa grâce, Sa lumière, ne sont pas quelque chose de créé, séparé de Lui, elles sont Dieu Lui-même en action, réellement communiqué, réellement participable. La lumière vue par les hésychastes n'était ni un symbole créé, ni l'essence nue de Dieu, c'était précisément cette même lumière incréée montrée aux Apôtres sur le Thabor.

Une image peut aider, sans être parfaite. Pense au soleil : de son corps de feu tu ne pourrais jamais t'approcher sans être consumé, mais sa lumière et sa chaleur t'atteignent réellement, elles sont la réalité même du soleil étendue jusqu'à toi, non un dessin du soleil. Quand tu sens la chaleur sur ta peau, tu es réellement en lien avec le soleil lui-même, bien que son corps reste lointain, intouché. De même, par les énergies incréées, l'homme peut réellement s'unir à Dieu, sans jamais se confondre avec Son essence, sans risque de se croire lui-même dieu par nature.

L'enjeu pratique est précisément la déification (théosis) dont nous avons déjà parlé. Sans cette distinction, l'union avec Dieu glisserait soit vers une conception trop faible, une simple influence de loin, un symbole, soit vers le panthéisme, en croyant que l'homme devient identique à l'essence même de Dieu. Palamas garde les deux : une union réellement réelle, par la grâce, sans jamais effacer la distinction entre le Créateur et la créature. Son enseignement fut confirmé aux conciles de Constantinople, en 1341 et 1351, et l'Église le célèbre le deuxième dimanche du Grand Carême, précisément pour cette défense de la prière hésychaste. Il faut dire aussi honnêtement que la théologie scolastique d'Occident, surtout chez Thomas d'Aquin, n'a pas utilisé exactement la même distinction technique, parlant plutôt d'une grâce créée, et c'est là l'une des différences réelles, parfois discutées, entre Orient et Occident, bien que certains théologiens catholiques de notre temps aient regardé la pensée de Palamas avec sympathie.

Sources

  • Saint Grégoire Palamas, <em>Triades pour la défense des saints hésychastes</em>
  • Matthieu 17, 1-9 (la Transfiguration, la lumière du Thabor)
  • Conciles de Constantinople, 1341 et 1351
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