Qu'est-ce qu'un père spirituel ou un higoumène (stareț), et pourquoi est-il si important d'en avoir un ?
En bref : Un père spirituel est un prêtre qui t'accompagne sur le chemin de la foi, t'écoute en confession, te connaît dans la durée et te conseille. Un higoumène (stareț) est quelque chose de plus profond encore, en général un moine très avancé spirituellement, vers qui les gens viennent de loin pour une parole claire. Les deux existent pour une raison très simple : seul, sans personne pour te voir de l'extérieur, il est facile de se tromper même dans les choses les plus saintes.
La nuance orthodoxe
Les Pères du désert parlent beaucoup d'un piège particulier, appelé dans la tradition prélest ou illusion spirituelle, le moment où tu crois avoir avancé spirituellement, où tu as peut-être eu une « vision » ou un sentiment fort, et où en réalité tu es conduit par l'orgueil déguisé en piété. Saint Jean Climaque et saint Syméon le Nouveau Théologien en parlent avec insistance, justement parce que c'est un piège subtil : plus tu es convaincu de ne pouvoir te tromper, plus tu en es proche. C'est comme vouloir voir son propre dos sans miroir, il te faut les yeux de quelqu'un d'autre.
La coutume de chercher un père spirituel est aussi ancienne que le monachisme lui-même : les disciples allaient vers les pères du désert d'Égypte, comme saint Antoine le Grand, et demandaient « une parole utile », non une recette générale, mais un conseil taillé exactement pour leur combat. Cette tradition a fleuri surtout à l'Athos et dans le monachisme russe, avec des pères comme Silouane l'Athonite, Païssios l'Athonite ou Jean de Kronstadt, des hommes que des foules cherchaient précisément pour un don reconnu de discernement, non parce qu'ils s'en seraient fait la publicité.
Il n'est pas besoin d'être moine pour avoir un père spirituel ; tout chrétien orthodoxe qui prend sa foi au sérieux est appelé à en avoir un, quelqu'un vers qui il se tourne, non pas l'un aujourd'hui et l'autre demain, pour qu'une vraie relation de confiance se construise, dans laquelle le prêtre connaît son combat sur la durée. L'obéissance dans la vie spirituelle n'est pas militaire, aveugle, elle se gagne ; un bon père spirituel ne te vole pas ta liberté, il t'aide à voir clair, parfois justement en refusant de décider à ta place, pour que tu apprennes toi-même le discernement. Et à notre époque, avec tant d'« influenceurs » spirituels sur écran, il faut le dire clairement : un vrai père spirituel te connaît en chair et en os, dans la durée, non à travers une vidéo de quelques minutes.
Sources
- La Philocalie, surtout les écrits de saint Jean Climaque et de saint Syméon le Nouveau Théologien, sur l'illusion spirituelle
- Les Vies de saint Antoine le Grand, de saint Silouane l'Athonite et de saint Païssios l'Athonite
- Hébreux 13, 17 (obéissez à vos conducteurs et soyez-leur soumis)