Les grandes questions

Qu'est-ce que l'éternité ?

En bref : L'éternité n'est pas du temps qui ne s'arrête jamais. C'est un tout autre mode d'existence — une plénitude de la présence de Dieu, au-delà des heures et des années. Et elle commence dès maintenant, dans la manière dont nous choisissons d'aimer.

La nuance orthodoxe

Nous vivons à l'intérieur du temps. Tout ce qui nous entoure commence et finit : un jour, une saison, une vie. C'est pour cela qu'il nous est si difficile d'imaginer quelque chose d'« éternel » — le plus souvent, nous nous le représentons comme un temps qui dure à l'infini, une ligne sans bout. Mais dans la foi orthodoxe, l'éternité n'est pas une grande quantité de temps. C'est un autre mode d'être.

Dieu n'est pas entré dans le temps — c'est Lui qui l'a créé. Saint Maxime le Confesseur montre que Dieu est au-delà du temps et des siècles : son éternité ne se mesure pas en heures et en années, elle est une plénitude, un présent qui ne passe pas. Si bien que la question « combien de temps dure l'éternité ? » ressemble un peu à demander quelle couleur a un son — on a mélangé deux mondes qui ne se mesurent pas de la même manière.

Mais souvent, derrière cette question, s'en cache une plus profonde encore : la peur d'être loin de Dieu, loin de son amour. Et là, il faut comprendre quelque chose d'essentiel. L'amour de Dieu est partout et ne change pas. Pour celui qui a appris à le recevoir, sa présence est lumière et joie. Pour celui qui s'est endurci et l'a refusé, ce même amour est vécu comme une brûlure. Saint Isaac le Syrien dit que ceux de la géhenne sont « flagellés par l'amour » — non pas parce que Dieu aurait cessé d'aimer, mais parce que leur cœur ne peut plus recevoir cet amour.

Mais cela ne veut pas dire qu'il n'y a pas de vrai jugement, ou que tout se réduit à un simple ressenti intérieur. L'Écriture parle clairement de jugement : le riche et Lazare (Luc 16), la séparation des brebis et des boucs (Matthieu 25). L'Église tient ensemble deux vérités que notre esprit voudrait simplifier : la source est l'amour immuable de Dieu, et nous, étant libres, choisissons comment nous le recevons. C'est pourquoi elle nous garde à la fois de la présomption (« de toute façon je suis sauvé ») et du désespoir (« de toute façon je suis perdu »).

Et encore une chose. La peur même d'être loin de Dieu est déjà un signe que ton âme est tournée vers Lui. La réponse à cette peur n'est pas l'angoisse, mais le commencement : approche-toi et aime dès maintenant. L'éternité n'est pas seulement « plus tard » — elle se prépare dans la manière dont nous aimons aujourd'hui. Et la miséricorde de Dieu est infinie — mais c'est une miséricorde qui rencontre un cœur qui Le cherche.

Sources

  • Saint Maxime le Confesseur — sur l'éternité comme plénitude au-delà du temps (Ambigua, Chapitres théologiques).
  • Saint Isaac le Syrien — « Discours ascétiques » : l'amour de Dieu comme feu qui éclaire ou qui brûle.
  • Sainte Écriture — Luc 16, 19-31 (le riche et Lazare) ; Matthieu 25, 31-46 (le jugement).
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